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24 juin 2009
[Le Monde] Jean-Louis BOURLANGES : "L'électorat qui va de Balladur à Strauss-Kahn est orphelin. C'est malsain"
Jean-Louis Bourlanges, eurodéputé (liste UDF) de 1989 à 2006
"L'électorat qui va de Balladur à Strauss-Kahn est orphelin. C'est malsain"
LE MONDE | 17.06.09 | 14h18
Jean-Louis Bourlanges, 62 ans, fut eurodéputé (liste UDF) de 1989 à 2006. Ce commentateur politique, qui a quitté François Bayrou après l'élection présidentielle de 2007, explique pourquoi il déplore la disparition du centre.
Le score de Daniel Cohn-Bendit ne confirme-t-il pas que François Bayrou avait raison : il existe un espace entre la droite et le Parti socialiste ?
Qui l'a jamais nié ? Entre la gauche dure, antilibérale et nationaliste, et la droite sarkozyenne, il y a un espace important, l'espace de ceux qui voient leur avenir dans un libéralisme tempéré par la solidarité et dans une mondialisation régulée par le droit et la puissance publique. En France, ce parti anti-jacobin est idéologiquement incontournable, mais n'existe pas politiquement. François Bayrou, accaparé par sa croisade antisarkozyste, indifférent aux enjeux européens, hostile au libéralisme sous toutes ses formes, s'est trouvé en porte-à-faux par rapport à ces attentes. Il est apparu pour ce qu'il était fondamentalement : non pas un homme du centre, mais un homme à la droite de la droite et à la gauche de la gauche.
Dany Cohn-Bendit, quant à lui, en faisant taire José Bové et en exploitant l'image d'Eva Joly, est apparu pour ce qu'il est : un libertaire assagi, c'est-à-dire un libéral de gauche à la fois pugnace et modéré. Ce libéralisme s'est révélé moins mal en point que la crise et les succès médiatiques de Besancenot et de Bayrou ne le laissaient pressentir.
Croyez-vous M. Cohn-Bendit capable de fédérer une alternative à Nicolas Sarkozy ?
Non. Malgré ses qualités, dès lors qu'il ne veut ni ne peut incarner un choix présidentiel, son leadership est biodégradable. Il y a un moment Cohn-Bendit, mais pas d'alternative verte. Ce moment est celui d'une double révélation, celle des insuffisances structurelles du PS et celle de l'incompatibilité entre Bayrou et la gauche réformiste. Qui en tirera profit ? Ni les Verts, qui vont entrer en confusion, ni Bayrou, qui a vu se briser les perspectives d'unification de la gauche non socialiste.
M. Sarkozy a donc un boulevard ?
Lui ou les socialistes. Nicolas Sarkozy a fait de façon inattendue une campagne sans faute. Avec moins de 29 % des voix et une absence de réserves, il est vulnérable en 2012. En 1979, la liste Veil avait fait le même score. Cela n'a pas empêché Giscard d'être sévèrement battu deux ans plus tard. Tout va dépendre de la capacité des socialistes à se donner un vrai leader.
M. Sarkozy n'a-t-il pas intérêt à voir émerger un centre autonome de l'UMP ?
Il faut choisir : le parti unique ou la majorité plurielle. Nicolas Sarkozy a intérêt à un centre fort, qui ne peut pas se reconnaître dans la rhétorique pseudo-gaulliste d'Henri Guaino. Est-il prêt à en payer le prix ? Un centre imprécateur constituait une vraie menace, mais un centre-caniche ne lui sert à rien. Il a besoin, au coeur du système, d'un parti qui soit en tension avec lui sans être en opposition radicale. Le président du Nouveau Centre (Hervé Morin) ne devrait pas être membre du gouvernement. Le parti doit se mettre en position de présenter un candidat à la présidentielle. Sous la Ve République, pour être entendu, vous devez être un acteur à part entière de la compétition présidentielle. C'est idiot mais c'est ainsi !
Le Nouveau Centre doit-il se présenter seul aux régionales ?
Le scrutin régional est semi-proportionnel. Il autorise donc de la part du Nouveau Centre une demi-indépendance. L'UMP a besoin de l'appoint centriste pour empocher la prime qui donne la majorité au sein des conseils régionaux, mais les centristes n'ont guère intérêt à faire cavalier seul sur des enjeux locaux qui ne leur permettront pas d'afficher leur différence. La logique serait d'engager une négociation un peu rugueuse avec l'UMP. Il n'est pas sûr que les responsables du Nouveau Centre y soient prêts.
A vous entendre, le seul candidat à la présidentielle resterait M. Bayrou ?
M. Bayrou avait préconisé un centre indépendant et modéré, un discours autonome, un soutien sélectif au gouvernement. Mais il a fait tout le contraire. Il ne peut plus parler au nom d'un centre dont il a abandonné les orientations : ambition européenne, solidarité atlantique, respect des corps intermédiaires, libéralisme tempéré. En quittant ce terrain pour celui de la dénonciation populiste, il s'est rendu politiquement inutile. Aujourd'hui, l'électorat qui va d'Edouard Balladur à Dominique Strauss-Kahn est orphelin. C'est une situation malsaine.
Propos recueillis par Arnaud Leparmentier
Article paru dans l'édition du 18.06.09
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| Tags : jean-louis bourlanges, françois bayrou, nicolas sarkozy |
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